Sa vie

M RosengartLucien Rosengart est né à Paris rue saint Gilles  le 11 janvier 1881.

il a un frère Sylvain Charles  né en 1878 et une soeur Lucie qui meurt très jeune 1883 -1886

Son père petit industriel spécialiste en mécanique de précision ne vise pour son rejeton qu’un CAP de mécanicien.
Dès 12 ans , ce diplôme obtenu -ce sera le seul- il rejoint l’atelier paternel. Il s’essaye à toutes les techniques.Si bien que les contre maitres l’avaient surnommé “casse-noisette” et “brise serrure”.

Lucien Rosengart racontait volontiers comment il fit ses 1ères armes dans l’automobile en ralliant sans escale Paris/Madrid en 24 heures , au volant d’une “serpolet” à vapeur..devançant de 4 jours la voiture électrique de son suivant.

1900 – L’automobile commence à être prise au sérieux. Il a tout juste 19 ans et déjà son permis de conduire.

 1903 -Les Établissements Rosengart sont fondés en 1903 avec 1 compagnon et un apprenti débauché de l’usine paternel.
il fabrique sur commande, boulons , rondelles, écrous. Six mois après , il installe son atelier rue Atlas et occupe 10 ouvriers.
L’atelier s’agrandit en surface et en personnel.

1909 – Une soixantaine d’ouvriers travaillent maintenant pour l’industrie du cycle et de l’automobile.

1912 – Il construit rue Saint Mandé une usine où sont fabriqués: boulons , écrous, rondelles mais aussi des alternateurs pour automobiles. Il monte en série –  sur les voitures Delage – des phares électriques équipés d’alternateurs Rosengart.

1914 – A 33 ans , il est riche. Mobilisé, il devient le chauffeur du général Goupillard.
La France a plus besoin de techniciens que de poilus.
Le colonel Parentier, directeur des fabrications de guerre, le rappelle.
Rosengart est non seulement un industriel dynamique mais aussi un inventeur astucieux.

1915 – L’usine de Saint Mandé étant trop petite, l’usine de 10.000M2 du Boulevard Soult est construite en 4 mois. Elle sera détruite par le feu en 1926.

1916 – Construction de l’usine du Légué à Saint Brieuc, superficie de 30.000M2, 300 ouvriers.
Les Ets Rosengart possèdent encore 3 autres usines en plus de celle du Légué : celles de Ranelagh, de Maison-Alfort , de Bagnolet.

1918 – Il est avec André Citroën le plus bel exemple de ce que peut donner une rationalisation poussée à l’extrême.
Rosengart est un géant de l’industrie – 4 500 employées
C’est l’armistice. Avec la paix, les industriels de l’automobile reprennent les fabrications de 1914, sans même les modifier. Citroën, joue les trouble- fêtes. Dès Mai 1919, il sort sa 10CV, 1ère voiture française de grande série.

Il tient ses principes de Ford:
-1 seul modèle.
– 1 seule carrosserie (torpédo).
– Une voiture livrée terminée et complète (dynamo, démarreur, éclairage électrique, roues démontables).
-Des agents dans toute la France et même dans les principales capitales européennes.

Son succès est fantastique, les commandes affluent, la cadence de fabrication suit mais le décalage entre la sortie des voitures et l’arrivée de l’argent frais est trop grand.
Sous l’influence des autres constructeurs (dont Louis Renault qui espérait poursuivre la  fabrication de ses voitures d’avant guerre 10 ans encore) les banques n’honorent plus les traites de Citroën.

La situation est catastrophique, la paie du 16 Octobre 1919 n’est pas honorée.
Citroën se rend dans les endroits “à la mode” où il sait rencontrer Lucien Rosengart; Maxim’s, le café de la Paix, Luca Carton.
Après un entretien avec son ami, Lucien Rosengart crée dès le lendemain la S.A.D.I (Société Auxiliaire de l’Industrie Française).
Grâce aux 20 millions d’amis financiers, de la Banque de France et du Crédit Français, les fins de mois sont bouclés et de nouvelles chaînes de montage sont lancées. Seule condition des actionnaires : que Rosengart dirige avec Citroën l’usine du Quai de Javel.
Rosengart traque le gaspillage . Sous sa tutelle, Citroën construit des chenillettes Kegresse et Haardt et la croisière noire est lancée sans  grand enthousiasme du côté d’André Citroën . La publicité faite autour de l’évènement est énorme et les retombés sont là.

Rosengart collabore aussi au lancement de la 5CV Citroën , essayant lui-même les prototypes.

1922 – Chez Citroën, l’usine tourne bien, les finances sont saines, la production et la qualité sont en continuelles développement, Rosengart se retire.

L’expansion de Citroën ne fait pas que des heureux. Les usines Renault souffrent et ils doivent améliorer leurs modèles conçus avant 1914.  Renault ne le pardonnera jamais à Citroën.

1923 – Peugeot malgré la diversité de ses fabrications ( moulin à café, vélos, outillage…) a des ennuis de trésorerie : 5 millions d’or de déficit.
Les banquiers s’affolent, Robert Peugeot se résout à faire appel à Lucien Rosengart. Une fois de plus , Rosengart fait appel à ses amis financiers et crée la S.E.I.A, qui a pour but de réunir l’argent nécessaire à la restructuration des usines Peugeot
– 1er objectif: construire une nouvelle usine à Sochaux
– 2ème objectif: regrouper à Paris la direction générale et surtout la direction commerciale des ventes. Rosengart vend à Peugeot un terrain vague qu’il possède Quai de Passy.
– 3ème objectif: faire de la publicité tous azimuts. les 25 meilleurs écoliers  de France recevront chacun une 5CV. La police de Paris aura aussi ses 5Cv, la fourrière également.

Ayant perdu le grand prix en 1914, Peugeot ne voit pas d’un bon œil le retour à la compétition( Paris/Nice, Monte-Carlos) à Rosengart lui dit: “pourtant le client doit être fier de sa voiture.” Le miracle fonctionne, le lion rugit de nouveau.
Durant tous ces évènements, les usines Rosengart fonctionnent
Rares sont les voitures françaises qui ne transportent pas d’écrous ou de rondelles “Rosengart”, ce qui permet à Rosengart de dire “-Je peux monter dans n’importe quelle voiture française, elle aura toujours une pièce signée ROSENGART”.

1924 – il lance un moteur auxiliaire pour vélos

1925 – Il est promu “officier de la légion d’honneur”

1927 – il a 46 ans , il achète les usines BELLANGER qui sous- traitent des châssis pour DE DION , lui-même en difficultés il s’ installe entre la porte des Ternes et la porte Champeret.Il s’assure le concours de Jules Salomon.

1928 – Les usines sortent la 1ère Rosengart. Cette 5 Cv ressemble beaucoup à la 5Cv Peugeot et l’Austin anglaise et n’est pas très belle.

1929 – En sortant de chez Maxim’s , Rosengart croise la future Mme Rosengart- Mme gabrielle Maugey. Elle descend d’un énorme roadster Packard, il ne peut s’empêcher de lui demander

-“Comment une aussi jolie et si fine femme peut conduire un tel camion?”

Elle lui répond:
-” Et vous, comment pouvez-vous à votre age fabriquer et jouer avec des voitures d’enfants”.

6 mois plus tard, elle découvrait le prototype de la Super6 – 6 cylindres 1100CC, une carrosserie plaisante presque aérodynamique, enfin une VRAIE voiture.

1930 – A L’initiative de Mr Turel- représentant lyonnais de la marque,  François Lecot , un client, s’attaque à un record sur route: 100.000Km en 111 jours à la moyenne de 900km/jour, entre Lyon, Bourg et Dijon.
55.000KM, aucune réparation…c’est un succès formidable.
Dans le même temps , la LR2 se classe 80 fois 1ère dans les 81 épreuves sportives auxquelles elles participent alors qu’aucun service “course” n’existe.
Ce résultat est dû à ses clients en mal d’émotions qui engagent leurs propres voitures dans ces courses extrêmes.

Sur le circuit “les routes pavées” 7 voitures, prises au hasard sur la chaine de production ,participent au critérium international des voitures de série. C’est la plus redoutable des épreuvesd’endurance , de régularité et de robustesse . Toutes les 7 couvrent des distances bien supérieures à celles demandées et réalisent jusqu’à 78,558 LM/H de moyenne alors que la barre est fixée à 45 KM/H

Habile stratège, Rosengart exploite judicieusement ces résultats et inonde la presse d’annonces publicitaires vantant les mérites de son auto.

1931 – Lors d’un déplacement en Allemagne, Rosengart rencontre l’ingénieur RHOR, créateur de la traction avant ADLER.
Enthousiasmé, Rosengart achète la licence
Dès son arrivée à Paris, il appelle Citroën pour lui faire un essai sous la pluie au bois de Boulogne.
Citroën est convaincu, sa prochaine voiture sera une traction avant. Ils s’entendent pour que la mécanique des prototypes soient faite en secret chez Rosengart, mais alors qu’au début, il ne s’agit que d’adapter le groupe Adler sur des caisses monocoques, dont l’outillage se prépare aux USA.Citroën veut aller plus loin et si le moteur culbuté ne présente pas de gros problèmes, la transmission automatique crée par Citroën inquiète Rosengart.
Après quelques essais de travail en commun, Rosengart reprend son indépendance.

1933 . Il fera à peine modifier l’Adler et la nommera “SUPER-TRACTION” type LR500 et la présente au salon de 1933, devancera Citroën qui ne  présentera sa 7CV TA qu’au printemps 1934.

Cette SUPER-TRACTION fait l’effet d’une bombe du fait qu’une marque aussi sérieuse que comme Rosengart choisisse une traction avant. Pourtant TRACTA avait opté pour une traction avant en 1925.
La voiture de Rosengart roule sans difficulté alors que Citroën rencontre des problèmes de mise au point inhérents à une voiture plus compliquée.

Voitures équipées du moteur “Adler” :
8CV LR130 -LR140 produites de 1934 à 1936 –  son prix entre 17 900 et  19 900 Francs
8CV LR145 -LR155 produites de 1934 à 1935 – son prix entre 17 900 et 19 900 francs
9 CV LR 500 “Supertraction” produites de 1933 à 1936 – son prix entre 27 900 et 35 500 Francs
10CV LR 505 “Supertraction” produites entre 1934 et 1936 – son prix entre 25 950 à 35 900 Francs

1935 – le SAINT BERNARD de l’automobile comme l’appelait Citroën change la caisse et l’allure pour sa SUPERTRACTION

1936 – sa femme Virginie Martin meurt , ils ont  un fils de santé précaire.

1938 – Au salon d’octobre, il présente un prototype dont la calandre rappelle fortement “l’Amilcar Compound” qui est sortie 1 an avant..La ressemblance est si forte qu’il décide de refaire la carrosserie et confie au styliste Jacob le soin de dessiner une nouvelle  carrosserie qui s’inspirera toujours du modèle américain tout en gardant la finesse française.
Cette voiture fut commercialisée en Mars 1939 , équipée d’un moteur Citroën TA 11CH dit “perfo” , moteur qui était maintenant parfaitement au point .

Cette LR539 dite “SUPERTRACTION” sortira en 2 modèles- coach et cabriolet- son prix entre 44 500 et 46 100 Francs, environ 1053 de ces autos sont produites

A partir du coach, Rosengart s’aménagea une berline 4 portes  pour son usage personnel (qu’il équipa d’un double réservoir pour faire son voyage Paris/ Villefranche  s/Sâone d’une traite)l.
4/5 exemplaires  furent produites pour des membres du gouvernement.
Rosengart , passionné de mer , créa cette même année le salon nautique et en sera le président d’honneur.

1939 –  C’est la guerre et l’occupation. Rosengart quitte Paris , la production s’arrête, ce qui explique la rareté de la SUPERTRACTION LR539 .
Rosengart ne revient à Paris qu’à la libération. Ses usines sont en piteux état. Durant son absence, la gestion a été donné à la famille FARMAN par les allemands et ça Rosengart ne leur pardonnera jamais.

1945 – Il se remarie avec Gabrielle Maugey le 12 mars 1945

Après guerre tout est rationné, seuls les constructeurs de camions ont droit à des répartitions de matériaux.L’état demande aux constructeurs  automobiles de faire de petites voitures.
CITROEN – PANHARD – RENAULT sortiront les 2CV – 3CV – 4CV

Rosengart présente la SUPERTRAHUIT. La carrosserie est la même que celle de la SUPERTRACTION “modifiée”, mais en fin de compte alourdie.
Citroën ne voulant plus fournir de moteur 11 CV , elle fut équipée d’un moteur V8 Mercury à soupapes latérales 3.9.1 de Là aussi 2 modèles existaient – le cabriolet et le coupé- 95 CV au frein.
Ce modèle n’eut pas le succès espéré vu sa consommation élevée (22L/100KM).

Nous ne connaissons qu’une seule Supertrahuit à ce jour :  un coupé

Rosengart abandonne , il a 64 ans.
il cède ses usines à la société : S.I.O.P (Société Industrielle de l’Ouest Parisienne) qui sortira quelques petits utilitaires et – L’ARIETTE 4CV ,4 places

En 1953 –  la Marathon , petite voiture de sport en plastique armé équipée d’un moteur DYNA PANHARD placé à l’arrière. 3 ou 4 furent livrées

En 1954- la SAGAIE, dernière voiture de la lignée, équipée d’un moteur 2 cylindres qui n’arrivera pas à soutenir la concurrence.

 Il meurt le 27 juillet 1976 à Nice.  Sa femme mourra le 7 janvier 1986